[L’ET DIT TÔT D’O.N.G-Par Ousseynou Nar Gueye] RECENSEMENT RGE-2- ‘CALIBRER NOS AMBITIONS CAR GOUVERNER C’EST PRÉVOIR ET PRÉVOIR EXIGE DE SAVOIR : 5 MILLIARDS DE FCFA POUR RADIOGRAPHIER UNE ÉCONOMIE À ‘SOUVERAINISER’ D’URGENCE AVEC DES STATISTIQUES FIABLES’

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NATIONS HEBDO

 

Ma collègue et collaboratrice Dibor Faye chez NATIONS HEBDO (www.nations-sn.com) que je leade et la dirigeante de l’incubateur de startups ziguinchorois ACCEENT, ma chère Fatim Niang Niox (dans son appel en faveur des terroirs sur ses réseaux Meta), m’ont inspiré cette tribune.

Ainsi donc, le Sénégal engage un investissement de plus de 5 milliards de FCFA pour renforcer sa connaissance du tissu entrepreneurial national à travers le lancement du deuxième Recensement Général des Entreprises (RGE-2), visant à actualiser la cartographie économique du pays.

Piloter une économie sans statistiques fiables, c’est comme naviguer à vue en pleine tempête. En investissant plus de 5 milliards de FCFA dans le RGE-2, l’État pose un acte de salubrité publique et de planification stratégique. Derrière cette opération d’envergure se cache en réalité un enjeu fondamental : permettre au Sénégal de mieux se connaître pour mieux se développer. Aucun pays ne peut prétendre bâtir une stratégie économique cohérente sans disposer d’informations précises sur la nature, la localisation, la taille et les besoins de ses entreprises.

Le premier Recensement Général des Entreprises avait déjà mis en lumière l’ampleur titanesque de notre secteur informel, qui porte à bout de bras l’emploi national mais échappe structurellement aux radars fiscaux, aux mécanismes de soutien bancaire et aux dispositifs publics d’accompagnement. Il avait également révélé l’extrême concentration des activités économiques dans quelques pôles urbains, notamment Dakar, au détriment d’un développement plus équilibré du territoire national. Plusieurs années après cet exercice fondateur, l’environnement économique a profondément changé. De nouvelles entreprises ont émergé, d’autres ont disparu, tandis que de nombreux secteurs connaissent des mutations rapides sous l’effet de la révolution numérique, de l’intégration régionale et des nouvelles chaînes de valeur mondiales.

Aujourd’hui, alors que le Sénégal consolide et mise sur son statut de producteur de pétrole et de gaz et accélère sa transition numérique avec l’arrivée d’acteurs FAI internationaux comme Starlink dans les zones rurales et la généralisation de l’adoption de l’intelligence artificielle pour la « générescence » active de contenus, cette mise à jour cartographique est devenue une urgence absolue pour calibrer nos ambitions. Les décideurs publics ont besoin de données actualisées pour planifier les infrastructures, orienter les politiques industrielles, identifier les bassins d’emplois et anticiper les besoins en formation professionnelle. Le secteur privé lui-même a besoin de ces statistiques pour mieux comprendre les marchés, détecter les opportunités d’investissement et construire des partenariats solides.

Cependant, il est opportun d’inviter les autorités à dépasser la simple euphorie comptable. Collecter des données pour enrichir des rapports poussiéreux ne servira à rien. Trop souvent au Sénégal, et plus largement en Afrique et dans le Sud global, les enquêtes statistiques mobilisent des ressources importantes avant d’être reléguées dans les archives administratives sans véritables traductions stratégique et opérationnelle. Le véritable enjeu de ce recensement est de lever le voile sur les déséquilibres systémiques de notre modèle économique : l’hyper-concentration étouffante des unités économiques dans la région de Dakar, la faible espérance de vie de nos PME face à la concurrence des multinationales, la faiblesse de l’industrialisation nationale et la précarité persistante d’un tissu informel essentiellement tourné vers la survie quotidienne, qui constitue 98% des entités économiques du pays de Birago Diop.

Pour bâtir un Sénégal fort, ces milliards doivent servir de boussole pour corriger les asymétries de notre développement et non simplement à dresser un inventaire passif de notre tissu économique. Les résultats du RGE-2 doivent permettre de répondre à des questions essentielles : où se créent réellement les emplois ? Quels secteurs présentent le plus fort potentiel de croissance ? Quels territoires demeurent marginalisés ? Quels obstacles empêchent les PME de grandir et d’accéder au financement ? Autant d’interrogations qui conditionnent la réussite de la Vision Agenda Sénégal 2050 du Président  S.E.M Bassirou Diomaye Diakhar Faye, grand œuvre transgénérationnel désormais mis en musique par le très précautionneux talibé chef d’orchestre gouvernemental Al Aminou Lo  .

Au-delà de ces premiers enjeux, ce recensement représente également un instrument de souveraineté économique dans un monde où la donnée est devenue une richesse stratégique.

« Data Never Dies » disait – on il y a 10 ans. « Data is key to access to wealth », devrait-on dire aujourd’hui.

Les grandes puissances économiques construisent leurs politiques publiques sur des systèmes statistiques extrêmement performants. Elles savent précisément où se situent leurs entreprises, quelles sont leurs performances, quels secteurs créent le plus de valeur ajoutée et quelles régions nécessitent un soutien particulier. Le Sénégal ne peut plus se permettre de piloter son développement avec des indicateurs incomplets ou obsolètes. Dans une économie mondialisée, disposer d’informations fiables est devenu aussi important que disposer d’infrastructures modernes ou de ressources naturelles.

Le RGE-2 doit également permettre de mieux mesurer l’impact réel des politiques publiques mises en œuvre au cours de la dernière décennie. Des milliards de francs CFA ont été investis dans l’accompagnement des PME, la promotion de l’entrepreneuriat des jeunes, l’autonomisation économique des femmes, le financement agricole et le développement territorial. Mais quelles sont les retombées concrètes de ces programmes ? Combien d’entreprises créées ont survécu au-delà de leurs premières années d’existence ? Quels secteurs ont bénéficié des meilleurs effets multiplicateurs ? Le recensement apportera des éléments de réponse indispensables pour améliorer l’efficacité de l’action publique.

Par ailleurs, la montée en puissance des nouvelles technologies impose une compréhension beaucoup plus fine des mutations entrepreneuriales en cours. Les startups numériques, les plateformes de commerce électronique, les entreprises de services digitaux et les activités liées à l’économie verte occupent désormais une place croissante dans la création de richesse. Pourtant, ces nouvelles formes d’activités restent souvent mal appréhendées par les outils statistiques classiques. Le RGE-2 offre l’occasion d’intégrer pleinement ces nouvelles réalités dans la photographie économique nationale.

Pour que ce recensement devienne le catalyseur d’une transformation structurelle profonde, nous formulons trois propositions stratégiques.

La première consiste à instituer un véritable  »cadastre économique dynamique du Sénégal ». Il faut rompre avec la logique des recensements décennaux qui produisent des photographies rapidement dépassées. Nous proposons de lier les résultats du RGE-2 à une plateforme numérique nationale mise à jour en temps réel, interconnectée avec l’administration fiscale, les registres du commerce, les chambres consulaires de commerce à Dakar et dans les capitales régionales, les collectivités territoriales et les organismes de gestion sociale du Travail (IPRES, CSS, Inspection du Travail, Bourses du Travail. Une telle plateforme permettrait de suivre l’évolution du tissu entrepreneurial mois après mois et de disposer d’indicateurs fiables pour la prise de décision publique.

Une telle innovation constituerait une révolution silencieuse dans la gouvernance économique sénégalaise. Les autorités pourraient identifier en temps réel les secteurs en croissance, anticiper les risques de faillites massives dans certaines branches d’activité et ajuster leurs politiques de soutien avec une réactivité impactante. Les investisseurs nationaux et étrangers disposeraient également d’une visibilité accrue sur les opportunités économiques offertes par les différents territoires du pays.

La deuxième proposition est la mise en place d’un Pacte national de formalisation graduelle en direction du prédominant mastodonte qu’est le secteur informel. Les données du recensement ne doivent pas devenir un instrument de traque fiscale mais un levier d’intégration économique. En échange de leur enregistrement volontaire, les micro-entreprises recensées devraient bénéficier d’un accès simplifié à la commande publique locale, à des programmes de formation, à des mécanismes d’assurance adaptés ainsi qu’à des lignes de financement à taux bonifiés. La formalisation doit être perçue comme une opportunité et non comme une menace.

Cette approche est essentielle dans un pays où une grande partie de l’activité économique repose encore sur des structures informelles. Pendant des décennies, de nombreux acteurs économiques ont développé une méfiance naturelle vis-à-vis des administrations, souvent perçues comme des sources de contraintes plutôt que comme des partenaires de croissance et de boost de développement. Il urge donc d’inverser cette perception en démontrant, par le mouvement actif de politiques publiques hardies, que l’intégration dans l’économie formelle ouvre l’accès à des avantages concrets, à une meilleure protection sociale et à davantage d’opportunités de croissance et d’accès à la commande publique et privée.

La troisième proposition concerne la discrimination positive territoriale. Le RGE-2 permettra inévitablement d’identifier les vides industriels de notre carte économique. Les départements de l’intérieur affichant un déficit criant d’entreprises de transformation devraient être classés en  »Zones d’urgence industrielle », bénéficiant d’exonérations fiscales totales pendant cinq ans {la durée d’un quinquennat présidentiel donc, qui en assure la stabilité administrative) pour tout entrepreneur local ou investisseur national qui s’y installe afin de valoriser les ressources agricoles, minières et halieutiques disponibles sur place. Une telle politique contribuerait à freiner l’exode rural persistant et épidémique, à créer des emplois durables et décents  et à rééquilibrer la croissance entre le macrocéphalique Dakar et le reste du pays.

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Cette stratégie permettrait également de rapprocher les unités de transformation des zones de production. Aujourd’hui encore, une grande partie des matières premières produites à l’intérieur du pays est transportée vers Dakar ou exportée à l’état brut avant d’être transformée ailleurs. Cette situation prive les territoires de milliers d’emplois potentiels et réduit la valeur ajoutée captée localement. Une politique volontariste d’industrialisation territoriale contribuerait à corriger cette anomalie économique. Comme je le préconisais  dans une précédente tribune il y a quelques mois, et sans grand risque de tomber dans le « y’ a qu’à-faut qu’on », il urge pour notre État et pour notre secteur privé, aidés des financements multilatéraux et bilatéraux et en s’appuyant sur le transfert de technologies des économies les plus avancées, pour un leapfrogging développemental, de mettre en musique et de dérouler  un véritable  « choc d’industrialisation et d’agro-industrialisation de l’économie sénégalaise ».

Au-delà de ces mesures, le RGE-2 doit également servir à renforcer la culture statistique nationale. Les données constituent aujourd’hui l’une des ressources stratégiques les plus importantes du monde contemporain. Les États qui maîtrisent l’information maîtrisent également leur développement. Ceux qui ignorent la réalité de leur propre économie se condamnent à subir les choix des autres.

Cette culture de la donnée doit progressivement irriguer l’ensemble de la société sénégalaise. Les universités, les centres de recherche, les organisations patronales, les chambres consulaires de commerce, les collectivités territoriales et les médias économiques doivent pouvoir accéder à des statistiques fiables afin d’enrichir le débat public et de contribuer à une meilleure compréhension des enjeux économiques nationaux. Une démocratie économique moderne repose aussi sur la circulation transparente de l’information, y compris et surtout économique.

Gouverner, c’est prévoir ; et prévoir exige de savoir.

La maîtrise de nos données statistiques constitue la première frontière de notre souveraineté économique. Dans un contexte marqué par la compétition internationale, les mutations technologiques et les défis de l’intégration africaine, le Sénégal ne peut plus avancer à l’aveugle. C’est en transformant cette radiographie économique en décisions politiques audacieuses, en réformes concrètes et en investissements ciblés que nous construirons un marché intérieur résilient, créateur de richesses et d’emplois, socle indispensable pour notre pays, pour sa place sur la scène continentale et pour son leadership au sein de l’espace sous-régional ouest-africain.

Plus encore, la réussite du RGE-2 constituera un test grandeur nature de notre capacité collective à faire des données un véritable levier de transformation nationale. Si les enseignements du recensement sont traduits en politiques publiques cohérentes, en investissements intelligemment ciblés et en mécanismes innovants d’accompagnement souverainiste des entreprises, alors ces 5 milliards de FCFA apparaîtront rétrospectivement comme l’un des investissements les plus rentables de la décennie. Car au-delà des chiffres, ce sont les fondations mêmes et le socle de notre souverainisme économique à orientation panafricaniste de gauche développementale de ce régime du « DIOMAYAT » qui sont en jeu ;or, ces choix de programmes de développement ont été doublement validés par la majorité de l’électorat senegalais, d’abord en mars 2024 (élection présidentielle) et puis, ensuite, en novembre 2024 (élections législatives) et donc par la majorité de la population de notre pays. Un pays qui connaît précisément ses forces, ses faiblesses et ses potentialités est un pays mieux armé pour affronter les défis de ce deuxième quart décisif du 21eme siècle et pour reconstruire un avenir de prospérité partagée dans l’exigence stricte et austère du souverainisme conquérant et soucieux de la redevabilité obligatoire et constante envers son mandant qu’est le Peuple sénégalais.

   Ousseynou Nar GUEYE

  ogueye@axes-et-cibles.com

  • Ancien Directeur de l’Alliance Française de Saint-Louis
  • Ancien Chargé de la Communication Institutionnelle de l’Agence de Développement et d’Encadrement des PME (ADEPME) de mai 2022 à février 2024
  • Directeur Général d’Axes et Cibles Com SARL
  • Directeur Général de Global Com International SARL
  • Directeur Exécutif de l’ONG FEE-Femme Enfance Éducation
  • Directeur de Publication de NATIONS HEBDO (www.nations-sn.com)
  • Président d​u Think Tank et mouvement transformationnel « Nouvelle République Juste NRJ« 
  • Secrétaire Général d’UBIQUITÉ-CULTURE(S), Paris, France
  • Président du mouvement citoyen et d’engagement civique ‘‘Option Nouvelles Générations ONG’’

 

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