[ADMINISTRATION TERRITORIALE- Par Ousseynou Nar Gueye] 96 MILLIARDS POUR LA DGAT : NUMÉRISER L’ÉTAT PLUTÔT QUE DE BÂTIR DES MURS

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NATIONS HEBDO -Validé par les autorités sénégalaises, le Plan stratégique de développement (PSD) de la Direction générale de l’Administration territoriale (DGAT) prévoit une enveloppe de plus de 96 milliards de FCFA sur cinq ans.

 

L’administration territoriale est le squelette de l’État. Investir 96 milliards de FCFA pour la moderniser est une excellente initiative, car le citoyen de Podor ou de Kédougou a le droit d’avoir le même niveau de service public que celui de Dakar-Plateau.

Le fardeau historique du centralisme

Cependant, cette modernisation ne doit pas se tromper de cible. Depuis notre indépendance, le modèle jacobin hérité de la période coloniale a figé nos régions dans une posture de dépendance excessive vis-à-vis de la capitale. L’éloignement géographique s’est doublé d’un éloignement administratif étouffant. Un habitant de Saraya ou de Kanel ne devrait plus avoir à franchir des centaines de kilomètres de pistes impraticables pour régler de simples formalités foncières ou pour faire authentifier un document officiel. L’équité territoriale n’est pas un concept théorique, c’est le premier jalon de la justice sociale et de la stabilité nationale.

Cependant, la gouvernance ne se résume pas à construire de nouvelles préfectures flambant neuves ou à acheter des berlines rutilantes pour le corps préfectoral. Le véritable défi de notre administration est sa lourdeur bureaucratique et son extrême centralisation. Si ces 96 milliards servent uniquement à bétonner le territoire sans repenser la relation entre l’administré et l’administration, ce plan sera un énième investissement sans impact réel sur le quotidien des populations.

Le mirage des infrastructures physiques sans contenu fonctionnel

Le piège réside dans la tentation du prestige ostentatoire. Les infrastructures physiques sont certes nécessaires pour offrir un cadre de travail digne aux représentants de l’État, mais elles restent de coquilles vides si les processus internes demeurent archaïques. Un bureau climatisé où le citoyen est contraint d’attendre des jours pour obtenir une signature n’est pas un progrès, c’est une défaillance managériale enveloppée dans du béton neuf. La centralisation des pouvoirs de décision paralyse l’initiative locale. Nos gouverneurs et nos préfets doivent cesser d’être perçus comme de simples agents de maintien de l’ordre pour devenir de véritables coordinateurs du développement territorial.

Nous proposons que 60 % de cette enveloppe budgétaire soit injectée exclusivement dans la dématérialisation et la déconcentration des services de l’État. Il faut créer un « Portail unique du citoyen » permettant d’obtenir un extrait de naissance, un certificat de résidence ou un permis de construire en ligne, partout sur le territoire.

Bâtir l’infrastructure de la confiance et de la souveraineté numérique

Ce portail ne doit pas se limiter à une interface cosmétique, mais reposer sur une interopérabilité totale entre les ministères. Concrètement, cette enveloppe budgétaire réorientée doit servir à déployer des infrastructures réseaux sécurisées dans chaque commune, à concevoir un système d’authentification unique et à stocker nos données de souveraineté sur un cloud national géré de manière autonome. L’objectif stratégique est clair : faire tomber le temps de traitement de n’importe quel document administratif à moins de 48 heures.

Pour assurer le succès durable de cette refonte globale, NATIONS HEBDO préconise la mise en œuvre de trois actions prioritaires. Premièrement, le programme national de mise à niveau numérique qui consistera à allouer une part substantielle des investissements à la formation obligatoire et certifiante de tous les agents de l’administration territoriale. L’illettrisme numérique au sein des services publics doit être éradiqué. Ensuite, le déploiement d’unités mobiles de citoyenneté connectées, qui signifie, pour les localités enclavées de l’intérieur du pays, mettre en place des véhicules équipés de liaisons satellitaires afin d’offrir des services d’état civil directement dans les villages et les marchés hebdomadaires (loumas). Et pour finir, la décentralisation des budgets de maintenance pour confier une autonomie financière directe aux circonscriptions locales pour l’entretien de leurs parcs informatiques et de leurs connexions internet, évitant ainsi les ruptures de service récurrentes.

Transformons l’administration territoriale par les compétences et le numérique, pas par le béton.

Un État moderne ne tire pas sa force de la hauteur de ses préfectures, mais de la fluidité, de l’accessibilité et de la transparence de ses services. En éliminant la paperasse poussiéreuse et les circuits de signature interminables, nous mettrons fin à la petite corruption des guichets qui mine le quotidien de nos compatriotes. C’est par cette révolution des usages et cette volonté politique que nous construirons un pays fort, inclusif et sûr en termes de prédictibilité, où l’administration est enfin au service exclusif du citoyen.

 

Ousseynou Nar Gueye

Directeur de la Publication

NATIONS HEBDO

 

 

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