NATIONS HEBDO – En Guinée-Bissau, l’illusion d’une transition démocratique impartiale vient de s’effondrer. À l’approche du double scrutin présidentiel et législatif fixé au 6 décembre 2026, la junte militaire au pouvoir, dirigée par le général Horta N’Tam, orchestre un remodelage complet des institutions. Selon une enquête de Jeune Afrique, ce processus s’apparente à un « verrouillage » flagrant visant à pérenniser l’autorité des putschistes ou de leurs alliés, balayant de fait les exigences initiales de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Un coup de force constitutionnel à marche forcée
Le cœur du dispositif mis en place par la junte réside dans une refonte globale de la Constitution, du code électoral et de la législation des partis politiques. Adoptée en catimini en janvier 2026 par un Conseil national de transition (CNT) monocolore nommé par les militaires, cette révision a été accélérée par un décret du général Horta N’Tam fixant le référendum constitutionnel au 30 août 2026. L’opposition, prise de court par ce calendrier très serré, dénonce des réformes imposées par la force alors que les formations politiques sont toujours interdites de réunion.
Si elle est approuvée par référendum, la nouvelle Constitution instaurera un régime présidentiel ultra-renforcé au détriment du modèle semi-présidentiel actuel. Le futur chef de l’État détiendra la quasi-totalité des pouvoirs. Il pourra nommer un Premier ministre de son choix en se contentant de « tenir compte » des résultats, sans obligation légale de retenir le leader de la coalition victorieuse des législatives. De plus, le texte sanctuarise ce coup de force en interdisant toute révision constitutionnelle durant les dix prochaines années et en effaçant la référence historique au PAIGC dans le préambule.
L’asphyxie programmée de la concurrence politique
Au-delà des pouvoirs exécutifs, les réformes publiées au Boletim oficial dessinent une asphyxie programmée de la concurrence politique. La junte a drastiquement réduit la représentativité nationale en faisant passer le nombre de députés de 102 à 65, et les circonscriptions électorales de 29 à 12.
Pour écarter les candidats gênants, les barrières financières et administratives deviennent intenables. Une caution de 50 millions de FCFA est désormais exigée pour toute candidature présidentielle. Quant aux partis politiques, leur seuil de constitution passe à 5 000 adhérents (avec au moins 300 par région). Pire, toute formation n’atteignant pas 4 % des suffrages exprimés ou n’obtenant aucun siège à l’Assemblée sera automatiquement dissoute. Un nettoyage juridique destiné à éliminer le pluralisme bissau-guinéen.
La passivité de la CEDEAO et l’ombre d’Embaló
Face à ce verrouillage systématique, l’opposition crie à la trahison de la Cedeao. En décembre 2025, l’organisation régionale exigeait pourtant une transition courte et inclusive. Cependant, fin juin 2026, une délégation menée par le ministre sierra-léonais Timothy Kabba a publiquement salué ces réformes, les qualifiant de « pas vers une transition démocratique ». Ce revirement indigne les coalitions PAI-Terra Ranka et API-Cabaz Garandi, qui rappellent que modifier la loi électorale moins de six mois avant un scrutin viole directement le protocole démocratique de la Cedeao de 2001.
En coulisses, l’ombre de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló plane sur le processus. Depuis son exil au Maroc, l’opposition l’accuse de piloter la junte pour orchestrer son propre retour au pouvoir lors du scrutin de décembre. Cette crise provoque même des ondes de choc régionales. Au Sénégal, le dossier a alimenté de profonds désaccords politiques menant, en mai 2026, au limogeage du Premier ministre Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye. Alors que Sonko dénonçait publiquement une « combine », le chef de l’État sénégalais privilégie une ligne beaucoup plus conciliante envers le régime de transition. Le verrouillage est ainsi total, toléré en interne par la force des armes et validé à l’externe par la passivité diplomatique.
Damel Gueye
NATIONS HEBDO









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