[CONTINENT PREMIER par Damel Gueye, NATIONS HEBDO] Icône difficile à condamner : Me Alice Nkom, pro-gays et pro-Tchiroma, patate chaude pour l’État camerounais

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NATIONS HEBDO – L’affaire qui secoue les couloirs judiciaires de Douala s’enlise et prend une tournure de plus en plus embarrassante pour le pouvoir de Yaoundé, comme le rapporte une enquête de Jeune Afrique. Le procès opposant l’État du Cameroun à la célèbre avocate Alice Nkom et sa codétenue Maximilienne Ngo Mbe, toutes deux figures de proue du Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (Redhac), vient de connaître son onzième renvoi en à peine un an. Réunie le 6 juillet 2026 devant le tribunal de première instance de Douala-Bonanjo, la cour a une nouvelle fois reporté l’échéance au 7 septembre 2026 pour les réquisitions du ministère public.

 

Un bras de fer né d’un acte de défi public

Le cœur du litige repose sur des accusations graves : ‘‘bris de scellés’’, ‘‘rébellion’’ et ‘‘refus de répondre à une convocation’’. Cette traque judiciaire découle directement de la fermeture forcée des bureaux du Redhac en décembre 2024, ordonnée par le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, sous prétexte d’un ‘‘financement illicite’’. Une accusation que l’ONG a toujours niée en bloc, dénonçant une persécution politique caractérisée.

Fidèle à son tempérament de feu, l’avocate Alice Nkom avait choisi de défier publiquement le préfet du Wouri et le ministre en brisant elle-même les scellés pour réintégrer les locaux. Elle s’en est expliquée ouvertement devant ses pairs et soutiens :

‘‘Un acte sans base légale n’est pas un acte d’autorité : c’est une voie de fait. […] On ne scelle pas comme ça. Il faut l’autorisation d’un juge, ou une procédure contentieuse ouverte. Rien de tout cela n’existe ici’’.

L’engrenage politique : l’ombre d’Issa Tchiroma Bakary

Si le dossier traîne en longueur depuis son ouverture le 4 août 2025, c’est que la donne a profondément changé sur le plan politique. Entre-temps, Alice Nkom a officialisé son alliance avec l’opposant Issa Tchiroma Bakary, qui s’est autoproclamé « président élu » à la suite du scrutin contesté d’octobre 2025. Actuellement en exil en Gambie et en rébellion ouverte contre le régime de Paul Biya, Tchiroma a nommé l’avocate comme sa conseillère et sa porte-parole officielle le 17 novembre 2025.

Dès lors, le procès a changé de dimension. Pour les sympathisants de la défense, il ne fait aucun doute que le pouvoir cherche à atteindre l’opposant exilé à travers elle. L’enjeu pour le régime est désormais d’éviter à tout prix que l’avocate, oratrice hors pair, ne transforme le tribunal en une tribune politique pro-Tchiroma et anti-Biya.

Une icône internationale difficile à condamner

À 81 ans, Alice Nkom est une véritable « bête noire » pour le pouvoir, mais elle dispose d’un bouclier de taille : sa réputation. Connue mondialement pour son combat de plusieurs décennies en faveur des droits humains et, fait rare au Cameroun, pour la défense des minorités LGBTQIA+, sa voix résonne fortement auprès des chancelleries occidentales, de l’Europe aux États-Unis.

Bénéficiant d’une image protectrice de ‘‘mère de la Nation’’ qui la rend presque intouchable, son dossier s’apparente à un colis piégé pour la justice camerounaise. Le 7 septembre 2026, le tribunal de Douala-Bonanjo se retrouvera à nouveau face à ce casse-tête politique majeur.

Damel Gueye

NATIONS HEBDO

 

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