[HALTE A LA STAGIARIATION DE L’EMPLOI ! Par Damel Gueye, NATIONS HEBDO] MARCHÉ DU TRAVAIL EN 2025 : LA PRÉCARISATION GALOPANTE SOUS LE VERNIS DES CHIFFRES  

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NATIONS HEBDO – La publication du Rapport annuel des statistiques du travail (Raste) 2025 révèle que 78 231 contrats ont été enregistrés, tout en mettant en lumière la prédominance alarmante des contrats précaires.

 

Le chiffre de 78 231 contrats pourrait réjouir les amateurs de statistiques de salon. Pourtant, la réalité du Raste 2025 est un camouflet pour notre modèle social : une écrasante majorité de ces contrats sont des CDD, des stages renouvelés abusivement ou des contrats d’intérim. Nous assistons à une « ubérisation » institutionnalisée du travail au Sénégal. Le travailleur sénégalais est devenu une variable d’ajustement pour des entreprises en quête de flexibilité maximale.

Le mirage de la croissance sans emploi digne

Derrière ce volume global de contrats se cache une asymétrie profonde du pouvoir de négociation sur le marché. Les employeurs, profitant d’un chômage des jeunes endémique, imposent des conditions de plus en plus restrictives. La multiplication des contrats d’un ou trois mois, souvent enchaînés à la limite de la légalité, maintient la force de travail dans une anxiété permanente. Cette dynamique ne crée pas de la richesse durable ; elle fragmente la cohésion sociale et transforme nos entreprises en structures de passage plutôt qu’en pôles de développement. Cette précarité structurelle tue la consommation intérieure, empêche la jeunesse de se projeter (accès au crédit, logement) et fragilise les caisses de sécurité sociale (IPRES, CSS).

L’érosion silencieuse de notre capital humain

En outre, cette instabilité contractuelle décourage tout investissement sérieux des entreprises dans la formation continue de leurs salariés. Pourquoi former un employé si son contrat expire dans quelques semaines ? On assiste ainsi à un nivellement par le bas des compétences techniques au sein de notre tissu industriel, ce qui nuit gravement à la productivité globale de l’économie sénégalaise. L’insécurité financière chronique pousse également nos profils les plus brillants vers l’exode ou l’économie informelle de subsistance. Un Sénégal fort ne peut pas se construire sur une armée de travailleurs stressés par le lendemain.Il est temps de réformer courageusement le Code du travail. Nations Hebdo propose l’instauration d’un « Bonus-Malus » sur les cotisations patronales : les entreprises abusant des contrats courts paieront plus de charges, tandis que celles qui transforment les CDD en CDI bénéficieront d’allègements fiscaux. De plus, nous préconisons la création d’un statut de « Travailleur indépendant protégé » pour formaliser progressivement l’économie informelle sans asphyxier les micro-entrepreneurs. Pour donner une véritable impulsion de souveraineté à cette réforme, nous préconisons trois mesures d’accompagnement directes. Primo, le plafonnement strict de la sous-traitance : venons-en vite à limiter le recours aux contrats d’intérim à un quota maximal de 15% des effectifs globaux pour les grandes entreprises, en dehors des pics d’activité purement saisonniers.

Deuxio, la numérisation de l’Inspection du Travail ; pour cela, déployons une plateforme nationale d’audit permettant aux employés de signaler anonymement les renouvellements abusifs de stages et de CDD au-delà de la période légale. Et troisièmement, le crédit d’impôt « Premier emploi CDI » : ainsi, l’on accordera une exonération partielle d’impôt sur les sociétés pendant les 24 premiers mois à toute PME locale s’engageant à recruter un jeune diplômé directement sous contrat à durée indéterminée. Le travail n’est pas une marchandise jetable, c’est le socle de la dignité citoyenne. En sécurisant la trajectoire professionnelle de nos jeunes, nous consoliderons les fondations économiques vers une émergence souverainiste sénégalaisemement et ….panafricainement ancrée.

Damel GUEYE

NATIONS HEBDO

 

 

 

 

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