[AGRIBUSINESS par Damel Gueye, NATIONS HEBDO] OLAM AGRI À 1.200 TONNES PAR JOUR : L’ILLUSION DE LA SOUVERAINETÉ MEUNIÈRE ?

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NATIONS HEBDO – Dans la dynamique de porter l’industrie de 25 % à 35 % du PIB d’ici 10 ans, le ministre de l’Industrie et du Commerce a salué le doublement de la capacité de production d’Olam Agri, atteignant 1 200 tonnes de farine par jour.

 

Atteindre 1 200 tonnes de farine par jour est une prouesse industrielle remarquable qui participe indéniablement à l’ambition d’industrialisation du Sénégal. Cependant, grattons le vernis de l’autosuffisance : d’où vient le blé écrasé dans ces moulins ultra-modernes ? Des plaines de la mer Noire ou des ports européens. En réalité, nous industrialisons notre dépendance.

Le piège de la valeur ajoutée extravertie

Cette célébration politique cache une anomalie structurelle majeure : notre croissance industrielle reste profondément déconnectée de notre terroir. En nous réjouissant d’une infrastructure qui dépend exclusivement d’intrants étrangers, nous privons notre économie de l’effet multiplicateur de l’industrialisation. Les devises sortent massivement pour acheter le grain à l’international, tandis que seuls les segments de la manutention basse et du conditionnement génèrent de la valeur sur notre sol. Cette extraversion de l’appareil productif crée une industrie « hors-sol » qui enrichit les négociants internationaux avant de servir le consommateur sénégalais. Augmenter les capacités de transformation d’une matière première importée ne règle en rien le problème de notre souveraineté alimentaire ; cela aggrave notre balance commerciale lors des crises géopolitiques mondiales. Si le prix du blé flambe à Chicago, le prix du pain sénégalais explose à Dakar, peu importe que l’usine produise 1 200 ou 5 000 tonnes. De plus, ce modèle perpétue une dépendance culturelle et nutritionnelle vis-à-vis d’une céréale que notre climat ne peut produire à grande échelle, condamnant nos propres céréales de substitution à rester marginales. Nous proposons d’imposer une loi d’incorporation obligatoire des céréales locales. Dès 2027, toute farine produite au Sénégal doit intégrer au moins 15 % de farine de mil, de maïs ou de sorgho local, pour atteindre 30 % d’ici 5 ans. Pour transformer cette contrainte légale en une opportunité industrielle historique, l’État doit avoir à cœur de déployer trois leviers majeurs.

Le crédit d’impôt « Intégration agricole » d’abord, consistera à accorder des réductions fiscales substantielles aux minotiers qui s’engagent dans des contrats d’approvisionnement pluriannuels directs avec les coopératives agricoles sénégalaises. La modernisation des infrastructures d’amont vient ensuite, qui permettra d’orienter une partie des taxes douanières sur le blé importé vers le financement de centres de stockage et de calibrage industriels pour le mil et le sorgho dans le bassin arachidier et la vallée du fleuve. Le soutien à la recherche technologique boulangère est urgent et pour cela, il faut subventionner l’Institut de Technologie Alimentaire (ITA) pour accompagner les artisans boulangers dans la maîtrise des processus de panification des farines composées, garantissant un pain de qualité égale et plus nutritif.

C’est le seul moyen de lier la performance d’Olam Agri à la prospérité de nos paysans de Kaolack, de Kolda ou de Saint-Louis, et de bâtir une véritable industrie nationale. Il ne s’agit plus de sécuriser les marges de multinationales de l’agro-négoce, mais de concevoir le pain de notre propre liberté économique. C’est par ce sursaut de courage politique que le Sénégal posera les jalons d’une Afrique forte, capable de nourrir ses enfants avec les fruits de sa propre terre.

 

Damel Gueye

NATIONS HEBDO


 

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