[Par Ousseynou Nar Gueye] Elections locales de janvier 2027 : référendum politique et premier crash-test avant 2029 de la ‘rupture dans la rupture’

Ousseynou Nar Gueye
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NATIONS HEBDO – Les élections locales prévues en janvier 2027 ne seront pas de simples scrutins municipaux et départementaux. Elles pourraient constituer le premier véritable référendum politique sur la recomposition du pouvoir née de la création de Kiiraay Les Patriotes Républicains par le Président Bassirou Diomaye Faye, tandis que Pastef, dirigé par le PAN Ousmane Sonko, entend conserver son identité, son influence et son impact électoral de naguère et d’antan. Les observateurs, dont je suis, considèrent déjà ce rendez-vous comme le premier affrontement électoral majeur entre les deux anciens alliés.  Au-delà du choix des maires et des présidents de conseils départementaux, les Sénégalais seront appelés à répondre à une question politique fondamentale : qui, du PR Diomaye ou du PAN Sonko, dispose désormais de la plus forte assise populaire, en tant que tous deux Patriotes politiques, selon le nom de leurs formations respectives ?

Un scrutin local aux enjeux nationaux

Les élections locales sont traditionnellement perçues comme des scrutins de proximité. Pourtant, dans le contexte actuel, elles auront une portée bien plus large. Elles permettront de mesurer l’implantation réelle de Kiiraay d’abord. Ensuite, la capacité de résistance de Pastef et le niveau de fidélité des électeurs. Elles livreront le constat des nouveaux rapports de force au sein de l’ancienne majorité. En réalité, les mairies et les départements deviendront le terrain d’une bataille politique nationale.

Kiiraay devra prouver son implantation

La création d’un parti est une étape. Construire un appareil territorial en est une autre. Pour espérer s’imposer lors des locales, Kiiraay devra disposer de coordinations communales, de responsables départementaux, de candidats crédibles, d’un réseau militant, et d’une organisation capable de couvrir l’ensemble du territoire. Or, le temps entre la création du parti et le scrutin est relativement court. L’épreuve de terrain sera donc déterminante.

Pastef semble possèder encore un avantage territorial

Pendant plus de dix ans, Pastef a construit une implantation locale remarquable. Le parti dispose encore d’une forte base militante, de coordinations actives d’élus locaux et d’une importante capacité de mobilisation. Cette profondeur organisationnelle pourrait lui offrir un avantage lors des élections locales, où les réseaux de proximité jouent souvent un rôle décisif. Le parti a d’ailleurs engagé une remobilisation de ses structures en vue de ces échéances.

Une multiplication des listes conduisant à une auto-annihilation du camp majoritaire ?

Le principal risque réside dans la division des candidatures. Dans une même commune, il pourrait exister une liste Kiiraay, une liste Pastef et une liste de l’opposition. Dans de nombreuses collectivités, cette dispersion des voix pourrait modifier profondément les équilibres électoraux. L’histoire électorale montre qu’une majorité divisée peut parfois perdre des collectivités qu’elle aurait conservées en restant unie.

Les grandes villes au cœur de la bataille

Certaines collectivités seront particulièrement observées : Dakar, Thiès, Saint-Louis, Ziguinchor, Kaolack, Mbour, Rufisque, Touba. Les résultats dans ces grandes villes auront une portée symbolique nationale. Ils permettront de mesurer non seulement le poids électoral des formations en présence, mais aussi leur capacité à convaincre les électeurs urbains.

Les maires deviennent des acteurs stratégiques

Les élections locales ne concernent pas uniquement les électeurs. Elles concernent aussi les élus. Les maires disposent souvent d’un réseau politique d’une influence locale, d’une visibilité permanente et d’une capacité de mobilisation. Dans ce contexte, les ralliements ou les changements d’alliance pourraient peser sur les rapports de force.

Le retour des coalitions ?

Une autre hypothèse mérite d’être envisagée. Face au risque de dispersion, certaines forces politiques pourraient privilégier des accords locaux. Ces coalitions pourraient prendre des formes diverses : alliances entre partis proches ; listes communes dans certaines communes ; ou accords de désistement au second niveau politique, même si le scrutin est à un seul tour. Le pragmatisme local diffère souvent des rivalités nationales.

L’opposition peut-elle tirer profit de la situation ?

Les partis d’opposition suivront cette recomposition avec attention. Si Kiiraay et Pastef présentent des listes concurrentes dans un grand nombre de collectivités, certaines formations pourraient bénéficier de cette division. Toutefois, cette éventualité dépendra également de leur capacité à proposer des candidatures crédibles et à nouer leurs propres alliances.

Les enjeux économiques des Collectivités

Les élections locales auront également une dimension économique. Les communes et départements gèrent  l’aménagement urbain, les marchés publics locaux, les infrastructures de proximité , les équipements collectifs et certains services de base. Les futurs exécutifs locaux joueront donc un rôle important dans le développement territorial.

Un laboratoire et un crash-test avant 2029

Au-delà des collectivités, les élections locales constitueront un test grandeur nature avant la présidentielle de 2029. Elles permettront de répondre à plusieurs questions : Quelle est la capacité de mobilisation de Kiiraay ? Pastef conserve-t-il son socle électoral ? Les électeurs privilégient-ils le Président ou le parti historique ? Les nouveaux équilibres politiques sont-ils durables ? Les réponses influenceront probablement les stratégies des différents acteurs pour les années suivantes.

Le défi de la participation électorale

Les élections locales souffrent traditionnellement d’une participation plus faible que les scrutins présidentiels. Dans le contexte actuel, l’enjeu sera également de mobiliser un électorat qui pourrait être confronté à une offre politique profondément renouvelée. La participation constituera donc un indicateur important de la vitalité démocratique. En fin de compte, ma conclusion est que Les élections locales de 2027 dépassent largement le cadre de la gestion municipale. Elles seront le premier baromètre politique de l’après-unité entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Pour Kiiraay, l’objectif sera de démontrer que la légitimité présidentielle peut se transformer en force territoriale. Pour Pastef, il s’agira de prouver que son ancrage militant et son identité politique demeurent intacts malgré la recomposition du pouvoir.  Toutefois, il serait, de mon point de vue, prématuré de prédire un vainqueur. Les résultats dépendront de multiples facteurs : la qualité des candidats, les alliances locales, la mobilisation des électeurs, le bilan des autorités locales sortantes et le contexte économique au moment du scrutin. Une certitude s’impose néanmoins : les locales de 2027 ne désigneront pas seulement des maires et des présidents de conseils départementaux. Elles dessineront la nouvelle carte politique du Sénégal et donneront une première indication sur les rapports de force qui pourraient fortement structurer la présidentielle de 2029.

Ousseynou Nar Gueye

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