[TRIBUNE] QUAND LA DROGUE DEVIENT UNE MODE : le cri d’alarme d’une jeunesse en perte de repères (Par Hadj Ludovic KEBE)

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NATIONS HEBDO – Il fut un temps où les célébrités étaient admirées pour leur talent, leur discipline et leur parcours. Elles incarnaient la réussite, inspiraient les jeunes et portaient haut les valeurs du travail, de la persévérance et de la dignité.

 

Aujourd’hui, ce miroir semble se fissurer. Les arrestations récentes de figures du showbiz, de la lutte, du cinéma, de la danse ou encore des réseaux sociaux dans des affaires liées à la drogue ont provoqué un véritable électrochoc dans l’opinion publique. Au-delà du fait divers, c’est un phénomène de société qui interpelle.

Le Sénégal n’est plus épargné par cette réalité. La consommation de drogues, autrefois perçue comme marginale, gagne du terrain et touche désormais des milieux auxquels personne ne s’attendait.

Ce qui choque davantage, c’est que certaines personnalités publiques, suivies par des milliers, parfois des millions de jeunes, se retrouvent citées dans ces affaires. Qu’elles soient finalement condamnées ou non, leur implication judiciaire suffit à alimenter le débat sur les modèles proposés à la jeunesse.

Le plus inquiétant n’est pas seulement la présence de la drogue. C’est la banalisation qui l’accompagne. Sur les réseaux sociaux, certains contenus glorifient une vie faite d’excès, de fêtes interminables et de consommation de substances illicites. Les jeunes, souvent en quête d’identité ou de reconnaissance, finissent par croire que ce mode de vie est le prix à payer pour être populaire ou réussir.

Pourtant, derrière les apparences se cachent des drames humains. La drogue détruit lentement les rêves, les familles et les carrières. Elle ne distingue ni le riche du pauvre, ni le célèbre de l’anonyme. Combien de talents prometteurs ont vu leur avenir sombrer à cause d’une dépendance ? Combien de parents assistent, impuissants, à la descente aux enfers de leurs enfants ?

Les récents dossiers impliquant des personnalités connues rappellent une évidence : la notoriété n’immunise pas contre les addictions. Bien au contraire, la pression médiatique, le stress, l’argent facile ou les fréquentations peuvent fragiliser certains artistes, influenceurs ou sportifs. Cela ne justifie en rien leurs actes, mais invite à réfléchir aux causes profondes du phénomène plutôt qu’à se limiter à la stigmatisation.

Le rôle des influenceurs mérite également d’être questionné. Aujourd’hui, un TikTokeur ou un créateur de contenu peut avoir davantage d’impact sur un adolescent qu’un enseignant ou même un parent. Chaque vidéo, chaque publication et chaque comportement diffusé devient un message. Lorsque ceux qui sont admirés donnent l’impression de banaliser des comportements dangereux, les conséquences peuvent être considérables.

Face à cette situation, la réponse ne peut être uniquement policière. Certes, les forces de sécurité doivent poursuivre leur travail de lutte contre les réseaux de trafic et les consommateurs qui enfreignent la loi. Mais la répression, à elle seule, ne suffira jamais. Il faut investir davantage dans la prévention, l’éducation et la prise en charge des personnes dépendantes.

Les écoles doivent redevenir des lieux privilégiés de sensibilisation. Les familles doivent renouer avec le dialogue. Les artistes et les sportifs qui jouissent encore d’une grande crédibilité doivent utiliser leur influence pour transmettre des messages de responsabilité. Les médias, eux aussi, ont un devoir : informer sans glorifier, dénoncer sans condamner avant les décisions de justice, expliquer sans sensationnalisme.

La société sénégalaise traverse une période de profondes mutations. Les réseaux sociaux accélèrent les tendances, les modèles changent rapidement et les repères traditionnels s’effritent. Dans ce contexte, la jeunesse a plus que jamais besoin de figures exemplaires capables de lui montrer que le succès ne passe ni par les stupéfiants ni par les artifices d’une célébrité éphémère.

La recrudescence de la drogue est le symptôme d’un malaise plus profond : chômage, perte d’espoir, quête de visibilité, fragilité psychologique et influence d’une culture de l’instant. Ignorer ces réalités reviendrait à traiter les conséquences sans jamais s’attaquer aux causes.

Il est encore temps d’agir. Chaque famille, chaque école, chaque artiste, chaque journaliste, chaque autorité publique porte une part de responsabilité dans ce combat. Car derrière chaque jeune sauvé de la drogue se trouve une victoire pour toute la nation.

Le Sénégal a toujours su faire preuve de résilience face aux grands défis. Celui-ci mérite une mobilisation générale. La lutte contre la drogue n’est pas seulement une affaire de justice ou de police ; elle est avant tout un combat pour l’avenir de notre jeunesse et pour la préservation des valeurs qui ont longtemps fait la force de notre société.

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