LE PLAN ‘PRES’ (‘PLAN DE REDRESSEMENT ÉCONOMIQUE ET SOCIAL’) DE L’EX-PM OUSMANE SONKO NOUS A ‘PRESSÉS’ SANS SUCCÈS AVEC SES 1% SUR NOS ACHATS

SÉVÈRE CONSTAT D’ÉCHEC DRESSÉ DEVANT L’ASSEMBLÉE NATIONALE PAR LE PM AMINOU LO. SANS COMPTER UNE DETTE INTÉRIEURE DE 1956 MILLIARDS DUE A 5425 ENTREPRISES.

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NATIONS HEBDO – Par Damel Gueye – Le Plan de redressement économique et social (PRES), lancé sous Ousmane Sonko, peine à produire les résultats annoncés. Quinze mois après son lancement, le nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô reconnaît que plusieurs de ses objectifs sont loin d’être atteints. Dans le même temps, l’État traîne près de 2 000 milliards de francs CFA d’arriérés de paiement envers les entreprises. Un cocktail particulièrement préoccupant pour l’économie sénégalaise. Le constat est sévère. Et il vient du sommet même de l’État.

En présentant, mardi 8 septembre, sa Déclaration de politique générale (DPG) devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô n’a pas seulement présenté la nouvelle feuille de route de son gouvernement. Il a également livré un diagnostic sans concession de l’état de l’économie sénégalaise et, surtout, des résultats obtenus depuis le lancement du Plan de redressement économique et social (PRES), ‘Jubbanti Koom’. Le PRES avait été présenté comme l’un des grands instruments de redressement du pays après l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et la nomination d’Ousmane Sonko à la Primature. Mais quinze mois plus tard, le nouveau chef du gouvernement reconnaît que le plan peine à délivrer les résultats qui lui étaient assignés.

La Primature chiffre l’ambition initiale du PRES à 6 166 milliards de francs CFA. Ce montant devait notamment être mobilisé grâce au recyclage d’actifs, au financement endogène, à la rationalisation de l’État, à la mobilisation de ressources domestiques et aux recettes fiscales supplémentaires générées par les réformes. (Une ambition de milliers de milliards confrontée au mur du réel Le problème est précisément là : entre les objectifs affichés et les ressources effectivement mobilisées, le fossé demeure considérable. Selon les chiffres communiqués par Ahmadou Al Aminou Lô, la mobilisation des ressources domestiques, notamment fiscales, s’élevait à seulement 172,5 milliards de francs CFA à fin août 2026, contre un objectif de 303,3 milliards, soit un taux de réalisation de 56,9 %.  Autrement dit, la machine du PRES n’a pas encore produit le choc financier attendu. Le Premier ministre n’a d’ailleurs pas annoncé l’abandon du programme. Au contraire, il a indiqué que le gouvernement entendait poursuivre son application après l’avoir évalué et recentré afin d’en accroître l’efficacité. Une formulation diplomatique qui traduit néanmoins une réalité politique : le PRES doit être corrigé parce qu’il n’a pas, à ce stade, donné les résultats escomptés.

Le paradoxe des ‘1 %’

L’une des mesures emblématiques du dispositif de mobilisation des ressources a consisté à rechercher de nouvelles recettes domestiques à travers des mécanismes fiscaux, dont la fameuse contribution additionnelle appliquée à certains achats.L’idée était simple : faire contribuer davantage l’économie nationale au financement du redressement. Mais le rendement obtenu apparaît très éloigné des ambitions initiales. Le débat ne porte donc plus seulement sur la pertinence des mesures fiscales. Il porte désormais sur leur capacité réelle à générer les ressources nécessaires dans une économie où le secteur privé demeure lui-même sous pression. Et c’est précisément là qu’apparaît le deuxième problème, beaucoup plus inquiétant encore.

1 956 milliards d’arriérés : le privé finance l’État

Au-delà du rendement insuffisant des mesures du PRES, le Sénégal fait face à un autre goulet d’étranglement : les arriérés de paiement de l’État. Le Premier ministre a révélé devant les députés que ces arriérés atteignaient 1 956 milliards de francs CFA à fin mars 2025. La Primature précise que cette somme correspond à 5 425 dossiers, réguliers et irréguliers, arrêtés à fin décembre 2024.  Le chiffre est vertigineux. Car derrière cette dette de l’État se trouvent des milliers d’entreprises, notamment des TPE, PME et PMI sénégalaises, qui attendent le règlement de factures correspondant à des prestations déjà exécutées. Pour ces entreprises, l’État n’est pas un débiteur comme les autres. Lorsqu’une administration ne paie pas une entreprise, celle-ci doit continuer à payer ses salariés, ses fournisseurs, ses impôts, ses banques et ses charges courantes.

L’État retarde son paiement, mais l’entreprise, elle, ne peut pas arrêter son activité.

‘Le secteur privé ne sera plus une variable d’ajustement’

Ahmadou Al Aminou Lô a voulu envoyer un message clair au patronat. ‘Le secteur privé ne sera plus jamais une variable d’ajustement de la trésorerie publique’, a-t-il déclaré devant l’Assemblée nationale. Le Premier ministre considère que laisser les entreprises attendre revient à leur imposer de financer elles-mêmes l’activité publique sur leur trésorerie, avec, en plus, le coût des agios bancaires. Son gouvernement a donc annoncé un plan d’apurement reposant sur plusieurs mécanismes : paiements en numéraire, affacturage, titrisation, compensation fiscale et rééchelonnement. L’objectif est double : restaurer la crédibilité financière de l’État et redonner de l’oxygène aux entreprises. Car une économie ne peut durablement fonctionner lorsque le principal donneur d’ordre du pays devient également l’un de ses principaux débiteurs.

Le PRES victime de la crise des finances publiques ?

Le gouvernement Sonko avait conçu le PRES dans l’objectif de redresser les finances publiques et de relancer l’activité économique par une mobilisation accrue des ressources nationales. Mais le nouveau diagnostic présenté devant les députés montre l’ampleur du problème auquel le programme a été confronté. À la fin de 2024, la dette du secteur public consolidée était évaluée à 132 % du PIB, soit plus de 23 500 milliards de francs CFA, tandis que le déficit budgétaire avait été réévalué à 13,7 % du PIB. En 2025, le déficit s’est établi à 6,4 % du PIB, tandis que la croissance hors hydrocarbures n’a atteint que 2,2 %. Dans un tel environnement, il devient mécaniquement beaucoup plus difficile de financer un vaste programme de relance exclusivement sur les ressources nationales. Le Sénégal doit donc désormais faire simultanément trois choses : assainir ses comptes, payer ses créanciers privés et trouver de nouvelles ressources pour investir. C’est précisément le triangle impossible auquel le gouvernement doit s’attaquer.

Le nouveau gouvernement veut sauver ce qui peut l’être

Ahmadou Al Aminou Lô ne jette pourtant pas totalement le PRES aux oubliettes.Son discours consiste plutôt à reprendre le programme, en évaluer les résultats, conserver ce qui fonctionne et corriger ce qui ne fonctionne pas. Cette approche marque une différence de méthode avec la période précédente. Le nouveau Premier ministre affirme ainsi vouloir privilégier une logique de résultats, avec davantage de suivi et d’évaluation des politiques publiques. Le gouvernement prévoit notamment une stratégie actualisée de rationalisation des dépenses publiques pour 2027-2029, articulée autour de la maîtrise de la masse salariale, de l’optimisation des dépenses de biens et services et du renforcement de l’efficacité des investissements publics. 

Le vrai bilan politique de Sonko ?

Reste une question que le débat politique sénégalais ne pourra pas éternellement éviter. Après quinze mois de mise en œuvre, que reste-t-il réellement du PRES d’Ousmane Sonko ? Le programme demeure officiellement en vigueur. Mais son architecture financière doit être réévaluée, ses objectifs recentrés et ses résultats améliorés. Et surtout, le nouveau gouvernement hérite d’une situation où près de 2 000 milliards de francs CFA d’arriérés de paiement pèsent sur le secteur privé. Le paradoxe est cruel : le Sénégal veut mobiliser davantage son secteur privé pour financer son développement alors même que l’État lui doit déjà des sommes considérables.

Le temps des slogans est terminé

Le moment est donc venu de passer du discours au règlement des factures. Le redressement économique ne pourra pas reposer uniquement sur de nouvelles taxes ou contributions. Il dépendra également de la capacité de l’État à payer ce qu’il doit, restaurer la confiance, améliorer l’efficacité de la dépense publique et relancer l’investissement productif. Le gouvernement Lô a désormais la responsabilité de transformer le constat en résultats. Car pour les entreprises sénégalaises, le redressement n’est pas une abstraction budgétaire. C’est une facture qui attend d’être payée. Et pour les Sénégalais, le véritable test du PRES, qu’il soit maintenu sous sa forme actuelle ou profondément réorienté, sera simple : plus d’emplois, davantage d’investissements, des entreprises qui respirent et un État qui paie à temps. Après quinze mois, le PRES n’est pas officiellement enterré. Mais il est clairement placé sous surveillance.

Damel Gueye

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