Au bout d’un marathon rhétorique de plus de 10h d’exposé primatorial et de débats parlementaires, le Premier Ministre Lô convainc, en préemptant les députés PASTEF hostiles et leur PAN Ousmane Sonko comme ceux dont il est le continuateur de la politique souverainiste et panafricaniste de gauche : ‘Même CAP, messieurs dames, mais nouvelle VOILURE ! On est enseeemble !’
Par Ousseynou Nar Gueye – La Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, qui s’est tenue le 8 septembre 2026, s’est découpée en deux réalités temporelles. D’abord, le discours d’exposition seul qui est la présentation initiale de sa feuille de route à la tribune et qui a duré près de 2 heures et demie (dépassant largement les 90 minutes initialement annoncées). Puis, L’ensemble de la session parlementaire (débats inclus) : en comptant le discours du Premier ministre, les deux tours de questions des députés de la 15e législature ainsi que les réponses apportées, l’exercice global au sein de l’Hémicycle de la Place Soweto de Dakar aura duré pas moins de 8 heures au total. Un véritable marathon rhétorique donc, pour le très techno PM Lô.
le grand oral d’Ahmadou Al Aminou Lô face à l’Assemblée divise la classe politique
Pendant près de deux heures et demie donc, mardi 8 septembre, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a défendu devant l’Assemblée nationale l’accord conclu récemment avec le Fonds monétaire international (FMI), dans un contexte marqué par le poids considérable de la dette publique. Un exercice particulièrement scruté, alors que le chef du gouvernement entend afficher une certaine continuité avec son prédécesseur, Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale.
Lô a étalé toute sa maestria de technocrate bancaire retraité de la direction générale de la BCEAO Sénégal, habitué qu’il est aux palabres interminables des comités de financement avec les Etats qui ont lieu dans ce type de cénacles bancaires régionaux, gardiens rigoureux et vétilleux de l’orthodoxie monétaire et financière, qui vous gagnent à leur main à l’usure et à la faveur de nombreux tours d’horloge.
Au lendemain de cette longue intervention, la presse sénégalaise semble globalement saluer la prestation du Premier ministre sur la forme. Plusieurs quotidiens le décrivent comme un responsable politique ‘imperturbable’ et ‘pugnace’. Walf Quotidien, de son côté, résume sa prestation par un titre évocateur : ‘‘Le Premier ministre tient tête à l’Assemblée’’.
Une posture de technocrate souriant face à un Hémicycle dominé par Pastef
Dans une Assemblée nationale largement dominée par les députés du Pastef, Ahmadou Al Aminou Lô a choisi de privilégier une approche essentiellement technique et économique. Le Premier ministre a évité de s’aventurer sur les terrains les plus directement politiques et a plutôt insisté sur la gravité de la situation économique et financière du Sénégal.
Son discours a notamment été marqué par une formule particulièrement forte : « Nous nous sommes appauvris en 2025 et nous allons encore nous appauvrir en 2026. »
Une manière, selon l’analyse rapportée par RFI, d’assumer un discours de vérité dans une période difficile. Cette posture pourrait contribuer à rassurer une partie de l’opinion publique, notamment dans un contexte où les tensions politiques entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko commencent à susciter lassitude et interrogations chez certains Sénégalais.
Le Pastef reste très critique sur l’accord avec le FMI
Sur le fond, en revanche, la réception du discours est beaucoup plus contrastée.
Dans les rangs du Pastef, les explications du Premier ministre n’ont manifestement pas dissipé les inquiétudes concernant l’accord conclu avec le FMI et le traitement de la dette sénégalaise.
Le parti considère notamment qu’Ahmadou Al Aminou Lô a confirmé la volonté du gouvernement de se conformer aux exigences du FMI, notamment en matière de restructuration de la dette. Une orientation que l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko avait jusqu’ici toujours rejetée.
Cette question demeure donc au cœur du débat politique et économique sénégalais : comment restaurer les équilibres financiers du pays sans compromettre les engagements et les orientations défendus par le pouvoir en place ?
Autre élément politique à relever : Ahmadou Al Aminou Lô n’a pas sollicité le vote de confiance des députés à l’issue de son intervention. Une décision qui lui a permis d’éviter le risque d’une motion de censure dans un contexte parlementaire potentiellement défavorable.
Discours xénophobes : le Premier ministre hausse le ton
L’autre moment particulièrement remarqué de l’intervention du chef du gouvernement concerne la question des discours hostiles aux ressortissants de pays de la sous-région vivant au Sénégal.
Ahmadou Al Aminou Lô a clairement condamné la montée de propos et de comportements qu’il considère comme xénophobes. ‘Il faut que cela cesse’, a-t-il lancé, dénonçant la multiplication, depuis le début du mois de juillet, de discours hostiles et d’intimidations visant des ressortissants étrangers.
Le Premier ministre a également rappelé les liens humains qui unissent le Sénégal aux autres pays de la région : ‘nous avons tous des parents venus de la sous-région. Cette stigmatisation ne nous grandit pas.’
Une prise de position qui intervient alors que la question migratoire occupe une place croissante dans le débat public sénégalais.
Tahirou Sarr dans le viseur, sans être nommé
Sans le citer directement, Ahmadou Al Aminou Lô semblait notamment répondre aux prises de position du député nationaliste Tahirou Sarr.
Élu à l’Assemblée nationale depuis novembre 2024, ce dernier tente depuis plusieurs semaines d’imposer la question migratoire comme l’un des sujets majeurs du débat politique national. Il s’en prend notamment à la présence de commerçants guinéens au Sénégal, qu’il accuse de porter atteinte aux intérêts économiques des Sénégalais.
Tahirou Sarr dénonce également ce qu’il considère comme un laxisme des pouvoirs publics face à l’arrivée et à la présence de migrants en situation irrégulière, notamment originaires du Niger, de la Sierra Leone ou du Mali. Il estime que cette situation accentue la pression exercée sur les services publics et sur certaines infrastructures du pays.
Cette ligne politique demeure toutefois minoritaire et fait l’objet de nombreuses condamnations au sein de la classe politique et de la société civile.
Une mise en garde contre une dérive du débat public
La montée de ces discours inquiète néanmoins une partie de la société civile sénégalaise, qui redoute une banalisation progressive de la stigmatisation des ressortissants étrangers.
Dans ce contexte, la condamnation exprimée publiquement par le Premier ministre constitue un signal politique important. Elle intervient alors que le Sénégal, historiquement présenté comme un pays d’accueil et de brassage régional, est confronté à des tensions économiques et sociales susceptibles d’alimenter les crispations autour de la question migratoire.
Au-delà de la bataille parlementaire sur la dette et de la controverse autour de l’accord avec le FMI, le grand oral d’Ahmadou Al Aminou Lô aura donc également permis de poser une autre question : jusqu’où le débat politique sénégalais peut-il aller sans fragiliser le traditionnel modèle de coexistence entre les peuples de la sous-région ?
ONG



![[TRIBUNE] ‘Président Diomaye, nous savons désormais à quel sous-sol nous sommes : maintenant, montrez-nous l’escalier !’ (Par Oumou Wane, patronne de presse et communicante)](https://nations-sn.com/wp-content/uploads/2026/09/Oumou-Wane-218x150.png)
![[LE BIAIS D’O.N.G – Par Ousseynou Nar Gueye] Kiiraay : naissance inéluctable d’un pôle politique hyperprésidentiel ou divorce idéologique inopiné d’avec Pastef ?](https://nations-sn.com/wp-content/uploads/2026/08/Aminou-Lo-et-Diomaye-218x150.png)
![[LETTRE OUVERTE] ‘PR Diomaye, le moment politique exige du courage : vertu des Sérères et d’un fameux Roi du Sine hostile à la paresse, la couardise et la tricherie !’ (Par Babacar Gaye, Président de ‘Mankoo Mucc’)](https://nations-sn.com/wp-content/uploads/2026/05/babacar-gaye-218x150.webp)





