[CHRONIQUE] SOCIÉTÉ/LE REGARD DU DOYEN JP : Si le chat est là !!! (Par Jean Pierre Corréa)

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NATIONS HEBDO – Prévoir et anticiper. Deux verbes qui, au Sénégal, sont considérés comme une tentative de putsch contre la Volonté Divine.

 

Nous n’avions pas de pétrole, c’est vrai. Mais nous avions mieux : la Grâce. Une intime conviction, chevillée au corps, que Dieu ne parle que wolof et qu’il n’a que ça à faire : gérer nos incohérences.

Le Ministre de l’Éducation, Moustapha Guirassy, veut enseigner les méfaits de la corruption à l’école. Excellente idée. Mais il faudrait ajouter un module obligatoire : « Dieu n’est pas un garçon commissionnaire ». On ne peut pas tout lui sous-traiter à coups de « bissimilah » lancés comme un code promo pour s’absoudre de toute responsabilité.

Regardez nos inondations. Tragiques, oui. Surprenantes ? Pas une seconde.

Quand vous construisez une cité à la « Zone de Captage », sur l’ex-Route des Puits, à Wakhinane Nimzatt, des noms qui hurlent eux-mêmes « ICI PASSE L’EAU, IMBÉCILE ! », il ne faut pas vous étonner de nager dans votre salon en août. C’est d’une banalité désespérante.

Nous sommes extraordinaires. Nous identifions parfaitement la catastrophe, nous la regardons droit dans les yeux, et nous fonçons dedans en criant « Maredeytali ! ». Dieu nous en préserve. Comme si Dieu était notre assurance tous risques.

Dieu merci, peu de victimes cette année. Mais ne vous y trompez pas, ce n’est pas un avertissement. C’est un sursis. Et un sursis, au Sénégal, ça sert à faire la sieste, pas à se réveiller.

L’anecdote résume tout le pays. Vous prenez un taxi. Vous arrivez. Vous voulez sortir. Pas de poignée intérieure. Le chauffeur, blasé, vous dit : « Sors le bras par la fenêtre et ouvre de l’extérieur ». Vous le faites, en soupirant, et vous lui dites : « Mais si ton tas de ferraille prend feu, je crame à l’intérieur ! ». Et lui, imperturbable, te sort son joker national, son bouclier anti-responsabilité, son brevet d’irresponsabilité : « Maredeytali !!! »

Ben voyons. Dieu n’a que ça à faire. Veille sur ta poignée manquante.

Et ce chauffeur, c’est nous tous. C’est l’autorité qui a signé le permis de construire dans un lac. C’est le fonctionnaire qui a fermé les yeux sur les plaques d’égouts volées, qu’on retrouve, le plus tranquillement du monde, vendues au kilo sur la VDN transformées en marmites pour la Tabaski, à deux pas d’une brigade de gendarmerie qui sait tout et ne voit rien.

C’est nous qui mettons nos tonnes de détritus dans les canaux et qui venons ensuite pleurer devant les caméras de la TFM.

Nous avons rasé des villas où vivaient 10 personnes pour construire des immeubles de 300 âmes, sans toucher à un seul tuyau d’évacuation vieux de 1960. Élémentaire, mon cher Watson. Mais chez nous, Watson est en congé de « Maredeytali ».

Il est temps de dire aux jeunes générations que non, Dieu ne va pas déboucher nos égouts. Que non, le « bissimilah » ne remplace pas une étude d’impact. Que vivre dans le désordre n’est pas une fatalité culturelle, c’est un choix paresseux.

On danse au-dessus de notre volcan. On danse bien. On danse avec insouciance. On attend juste qu’il y ait un peu plus de morts pour, peut-être, avoir un début de commencement de sursaut. Qu’on se réveille !!!

Mais le problème, c’est qu’on n’a pas encore sommeil.

Alors on danse.

Si le chat est là…

 

 

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