NATIONS HEBDO – Le chômage des jeunes constitue l’un des paradoxes les plus persistants de l’économie sénégalaise. Le pays dispose d’une jeunesse de plus en plus instruite, d’universités plus nombreuses et d’une économie qui affiche de nouvelles perspectives grâce notamment aux hydrocarbures. Pourtant, l’insertion professionnelle demeure extrêmement difficile pour une grande partie des jeunes.
Les dernières données disponibles de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) montrent que le problème ne se résume pas à l’absence d’activité. Au quatrième trimestre 2025, le taux d’emploi était de 39,1 %, tandis que la proportion de jeunes de 15 à 24 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation atteignait 33,5 %.
Ces chiffres posent une question fondamentale : le Sénégal forme-t-il des jeunes pour les métiers dont son économie a besoin ? Dans de nombreux secteurs, les entreprises recherchent des compétences immédiatement opérationnelles : informatique, maintenance industrielle, intelligence artificielle, cybersécurité, logistique, énergie, agriculture moderne, transformation agroalimentaire ou encore gestion de projets.
Or, une partie importante des formations reste encore éloignée des exigences du marché. Mais il serait injuste de faire porter toute la responsabilité sur l’université. Le problème est également celui de la structure de l’économie. Une économie dominée par les petites entreprises, l’informel et les activités à faible productivité ne peut pas absorber mécaniquement une population de diplômés en forte croissance.
Le pétrole et le gaz illustrent parfaitement ce paradoxe. Ces secteurs peuvent générer des recettes importantes pour l’État et stimuler l’activité économique, mais ils ne créeront pas directement des centaines de milliers d’emplois. Le véritable enjeu est donc le contenu local. Si les hydrocarbures permettent de développer des entreprises sénégalaises spécialisées, des chaînes de sous-traitance, des services techniques et des compétences industrielles, leur impact sur l’emploi sera beaucoup plus important. Le même raisonnement vaut pour l’agriculture, la pêche, l’industrie pharmaceutique, le numérique et la transformation agroalimentaire.
Le Sénégal doit ainsi passer d’une politique de l’emploi centrée essentiellement sur l’insertion à une politique de création massive d’activités productives. Cela signifie financer les PME, faciliter l’accès au crédit, simplifier les procédures administratives et développer l’apprentissage. L’université doit, de son côté, se rapprocher davantage de l’entreprise. Les stages, l’alternance, les formations courtes spécialisées et les incubateurs devraient devenir des composantes normales du parcours étudiant.
Car le véritable problème n’est peut-être pas que les jeunes Sénégalais soient insuffisamment diplômés.
C’est peut-être que l’économie nationale ne produit pas encore assez d’emplois correspondant à leurs compétences. La croissance économique ne pourra être considérée comme pleinement réussie que lorsqu’elle sera visible dans les parcours professionnels des jeunes.
Par Damel Gueye
NATIONS HEBDO
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