[TRIBUNE] ENVIRONNEMENT/CHRONIQUE DE L’IMPROVISTE : aux Maristes, l’écologie en panne (Par Henriette Niang Kandé)

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NATIONS HEBDO – Il faut parfois moins d’un kilomètre pour mesurer la distance qui sépare une politique publique de sa réalité quotidienne. À Dakar, cette distance prend une forme symbolique aux abords du ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, installé au Parc forestier de Hann, sur la Route des Pères Maristes. Le lieu, qui n’est pas anodin, se trouve dans un espace où la nature, les zones humides, les infrastructures routières, l’urbanisation et les activités humaines se côtoient dans une promiscuité qui résume, à elle seule, une grande partie des urgences environnementales de la capitale.

 

Les services de la Direction de la Réglementation environnementale et du Contrôle, de la Direction du Changement climatique, de la Transition écologique et des Financements verts, de la Direction des Parcs nationaux ou encore de la Direction des Aires marines communautaires protégées sont sis au même endroit.

Il n’est nul besoin de quitter les bureaux du ministère pour découvrir un décor qui contredit les principes défendus à l’intérieur. Routes éprouvées par le trafic, chaussées dégradées dans plusieurs secteurs, circulation dense, véhicules immobilisés dans les encombrements, poussières soulevées par le passage des automobiles, gaz d’échappement et nuisances sonores composent, au fil des heures, un environnement urbain bien éloigné de ce que l’on attend du voisinage immédiat d’un ministère chargé précisément de la protection de l’environnement et de la transition écologique.

L’incohérence saute d’autant plus aux yeux que les difficultés de circulation dans le secteur de Hann Maristes ne sont pas une découverte récente. Le Conseil exécutif des transports urbains de Dakar (CETUD) avait déjà identifié le site comme un point de congestion récurrente. Les heures de pointe rendent particulièrement difficile la circulation dans les artères de Hann Maristes, en raison de la concentration d’établissements scolaires, de services, d’activités économiques et d’équipements qui y sont implantés. L’échangeur de Hann est lui-même un point dur de la circulation.

Le voisinage institutionnel du ministère de l’Environnement et de la Transition écologique mérite à lui seul un petit traité d’ironie administrative. C’est ce qui rend l’environnement immédiat du ministère particulièrement interpellant.

Face à lui, se dressent le Centre de contrôle technique et l’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas), comme si l’État avait voulu réunir, sur quelques centaines de mètres carrés, les trois témoins privilégiés de ses contradictions. D’un côté, l’administration chargée de protéger l’environnement. De l’autre, celle qui ausculte les automobiles, et, un peu plus loin, celle qui veille à l’assainissement.

Entre les trois, une circulation s’étrangle, des véhicules s’entassent, un garage clando a pris ses quartiers, des chaussées défoncées, des poussières qui voltigent, des gaz d’échappement qui s’exhalent et un ballet permanent de voitures venues se faire contrôler afin de vérifier qu’elles peuvent continuer à polluer en toute conformité. Le spectacle est désolant. On peut y voir un tableau à ciel ouvert où chaque institution joue « consciencieusement » son rôle tandis que l’environnement immédiat s’obstine à jouer celui du grand oublié.

Le ministère théorise la transition écologique, le contrôle automobile examine les véhicules et l’assainissement s’occupe des eaux et des déchets, mais la rue, elle, a reçu pour seule consigne de se débrouiller. Aux heures de pointe, l’ensemble est un gigantesque nœud administratif et automobile où chacun vient exercer sa mission et où personne ne se demande dans quel environnement elle s’exerce. Il ne fallait manifestement pas être grand clerc pour installer précisément là, presque au même endroit, trois administrations dont les responsabilités convergent toutes vers la qualité du cadre de vie.

À défaut d’une véritable vitrine environnementale, le visiteur découvre une démonstration grandeur nature de ce que produit l’absence de coordination urbaine. Une manière pédagogique de rappeler que, dans l’administration sénégalaise, les institutions sont parfaitement à leur place sur le papier et singulièrement mal placées dans la réalité.

L’environnement immédiat du ministère doit être son premier document de politique publique. Le visiteur qui s’y rend doit pouvoir comprendre, avant même d’en franchir le seuil, ce que signifie concrètement la transition écologique, découvrir une voirie entretenue, des cheminements piétons praticables, des espaces verts soigneusement aménagés, une circulation maîtrisée, une signalétique claire, une gestion rigoureuse des déchets, une végétation adaptée au climat local et une réduction aussi visible que possible des nuisances liées aux déplacements. Le bâtiment administratif lui-même pourrait devenir un laboratoire de sobriété énergétique, de réduction des déchets et de recours aux énergies renouvelables.

À Hann Maristes, la question revêt une dimension supplémentaire. Le ministère n’est pas installé dans un territoire dépourvu de valeur écologique. Il se trouve à proximité d’un ensemble d’écosystèmes dont la fragilité est largement documentée. Les lacs des Maristes ont subi les effets d’une urbanisation rapide et insuffisamment maîtrisée. En janvier 2026, une visite ministérielle a permis de constater la présence de dépotoirs sauvages, de rejets d’eaux usées, d’occupations irrégulières et d’installations non autorisées autour des plans d’eau.

L’anomalie est saisissante. Le ministère chargé de restaurer le lac des Maristes, de lutter contre la pollution, de préserver les zones humides, d’améliorer la gestion des déchets et de promouvoir la transition écologique travaille à quelques minutes seulement d’un territoire où les manifestations de la dégradation environnementale sont visibles à l’œil nu.

La réhabilitation des abords du ministère pourrait s’inscrire dans un projet pilote de quartier administratif écologique. Il ne s’agit pas de refaire quelques mètres de chaussée ni de planter quelques arbres, mais de concevoir un environnement cohérent dans lequel la voirie, l’assainissement, les espaces verts, la mobilité, la gestion des déchets, l’éclairage, l’eau et l’énergie participeraient d’une même logique.

Le problème posé par les abords du ministère interroge la capacité de l’action publique à faire coïncider le discours et l’espace dans lequel ce discours est produit. Les Maristes offrent une illustration pédagogique de cette question. L’idée n’est pas de demander au ministère de vivre dans un décor artificiellement parfait. Il s’agit plutôt de lui permettre de montrer, à l’échelle de son propre environnement, ce que peut être une ville qui prend au sérieux les principes qu’elle proclame.

Aux Maristes, cette question est loin d’être théorique, tant elle s’inscrit dans une réalité quotidienne, perceptible aussi bien dans la dégradation du cadre de vie que dans la qualité de l’air. Elle se manifeste par le vacarme incessant des moteurs et les interminables ralentissements qui rythment la circulation. Elle mérite donc mieux qu’un simple constat et appelle une transformation exemplaire.

 

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