Par Néné Sow, NATIONS HEBDO – La scène musicale sénégalaise tient décidément de belles promesses. Parmi les voix qui attirent aujourd’hui l’attention, celle d’Aïta Senghor s’impose avec une singularité rare : une voix forte, une plume poétique, une guitare complice et un univers profondément enraciné dans les cultures du Sénégal.
La chanteuse-compositrice vient de sortir sur toutes les plateformes numériques son nouveau single, « O Seereer », une ballade afro-rock, pop et folk à la fois percutante, entraînante et profondément identitaire. Une chanson qui vient confirmer l’éclosion d’une artiste dont le parcours mérite d’être découvert et accompagné.
Une voix sérère qui voyage
Aïta Senghor revient d’une série de concerts en Angleterre, après avoir poursuivi son chemin sur différentes scènes internationales. Quelques mois auparavant, son parcours l’avait conduite au Kenya, où elle s’était retrouvée au milieu de milliers de femmes et avait notamment chanté à Mombasa.
C’est justement dans cette ville que son talent aurait attiré l’attention de Baaba Maal. Séduit par son potentiel artistique, le grand chanteur sénégalais a décidé de l’inviter à son Festival du Blues du Fleuve à Podor. Depuis, Aïta Senghor bénéficie de son regard bienveillant et de son accompagnement artistique : Baaba Maal la couve sous son aile.
Cette trajectoire contribue à faire d’elle l’une des Divas sénégalaises montantes, avec ce qui constitue l’une de ses signatures les plus fortes : une voix sérère puissante, authentique et immédiatement reconnaissable.
Mais Aïta Senghor ne se limite pas au chant. Elle est également guitariste et accompagne, dans un combo mêlant conte et slam, l’artiste Coumba « Kuumbati » Touré de Popenguine, qui dispose d’une forte base de fans aux États-Unis et dans l’Afrique anglophone et qui est également auteure de livres pour enfants.
De Mbour aux scènes internationales
Originaire de Mbour, Aïta Senghor est une auteure-compositrice, interprète et poétesse sénégalaise dont le parcours artistique illustre la passion, la résilience et l’amour de la culture.
Origines et parcours de vie
Née dans le département de Mbour d’un père cultivateur et d’une mère au foyer, Aïta Senghor a connu une enfance marquée par des défis administratifs qui l’ont tenue à l’écart des bancs de l’école formelle durant sa jeunesse. Autodidacte, elle a développé une remarquable aisance linguistique : elle maîtrise la poésie wolof (taalif) et compose ou s’exprime dans plusieurs langues, notamment le français, l’anglais et l’espagnol.
Cette histoire personnelle éclaire sans doute une partie de son rapport très particulier aux mots. Chez Aïta, la poésie n’est pas simplement un exercice littéraire : elle est un moyen d’expression, de transmission et de résistance. Elle puise dans son environnement, dans ses racines et dans les langues qui constituent son univers pour construire une expression artistique qui lui ressemble.
De la poésie au chant
Avant de s’imposer sur la scène musicale, Aïta s’est d’abord distinguée par la poésie. Sa transition vers le chant s’est faite naturellement grâce à sa voix singulière et à son talent de guitariste. Très attachée à la scène locale mbouroise, elle s’est fait connaître du public en animant des soirées et des dîners dans les hôtels de la petite côte, reprenant avec brio des classiques de la musique internationale et locale, de Myriam Makeba à Ismaël Lô.
De ces premières expériences scéniques est née une artiste capable de passer d’un univers à l’autre, de dialoguer avec plusieurs générations et de faire voyager son public entre héritage africain, sonorités contemporaines et influences internationales.
Elle a par la suite fondé son propre orchestre baptisé « Moringa » (ou Nebeday en wolof) et a collaboré avec divers artistes de renom, s’intégrant aussi à des projets collectifs (comme sa collaboration sur le titre « Sunu Sénégal » avec le groupe Malicounda ou des morceaux aux côtés de figures de la musique sénégalaise).
« O Seereer », une affirmation identitaire
Avec « O Seereer », Aïta Senghor franchit une nouvelle étape. Le titre s’inscrit dans cette volonté de faire de son identité culturelle une matière artistique contemporaine, sans jamais la réduire à un simple folklore.
La ballade afro-rock, pop et folk possède suffisamment d’énergie pour accrocher l’auditeur dès les premières mesures, tout en conservant cette dimension poétique qui caractérise l’univers de la chanteuse. C’est aussi une manière pour l’artiste de faire entendre la culture sérère au-delà de ses frontières naturelles, en utilisant les codes d’une musique ouverte sur le monde.
« Bëgg Tekki », la volonté de réussir
Parmi ses projets marquants figure le single « Bëgg Tekki » (qui signifie « vouloir réussir » en wolof), enregistré en collaboration avec le reggaeman Fafadi. À travers ses chansons, elle aborde des thèmes profonds liés à l’ambition, au travail, à la persévérance et à l’amour de la patrie. Elle cite d’ailleurs la grande chanteuse Khar Mbaye Madiaga parmi ses idoles pour sa sagesse et sa contribution culturelle.
Ces thèmes dessinent le portrait d’une artiste qui ne sépare pas son parcours musical de sa vision de la société. Chez elle, chanter revient aussi à raconter, transmettre, encourager et rappeler que la réussite est souvent le fruit du travail, de la patience et de la persévérance.
Une artiste enracinée, un horizon mondial
Portée par une écriture poétique et un mode de vie ancré dans la simplicité, Aïta Senghor continue de porter haut les couleurs de la culture sénégalaise à travers des projets musicaux authentiques comme Saraba.
Son parcours, de Mbour à Mombasa, de Podor à l’Angleterre, raconte celui d’une artiste qui avance sans renier ses racines. Sa guitare, sa poésie et cette voix sérère qui porte loin constituent les instruments d’une aventure artistique désormais ouverte à de nouveaux horizons.
Avec « O Seereer », Aïta Senghor livre aujourd’hui bien davantage qu’un nouveau single : elle affirme une identité, une sensibilité et une ambition artistique. La scène sénégalaise a vu naître de grandes voix. Elle est peut-être en train d’en voir émerger une nouvelle.





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