[L’ET DIT TÔT – Par Ousseynou Nar Gueye] NEW YORK : DIOMAYE FAYE, L’HEURE DES CLARIFICATIONS

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NATIONS HEBDO – L’INTERVIEW NEW YORKAISE DU PR DIOMAYE FAYE  : QU’EN ONT PENSÉ LES RÉDACTIONS DU SÉNÉGAL ET DU MONDE ? QU’EN PENSONS-NOUS CHEZ NATIONS HEBDO ? LISEZ ET FORGEZ-VOUS VOTRE OPINION ?

Par Ousseynou Nar Gueye, Directeur des publications, NATIONS HEBDO et NATIONS-NS.COM – L’entretien accordé jeudi 24 septembre à New York par le président Bassirou Diomaye Faye à RFI et France 24 n’était pas une simple interview de circonstance au milieu de la 81e Assemblée générale des Nations unies. Il avait, au contraire, les allures d’un exercice de clarification politique, diplomatique et économique. Pendant une vingtaine de minutes, le chef de l’État sénégalais a accepté de répondre à plusieurs questions qui, depuis des semaines, traversent le débat national : la candidature de Macky Sall à la tête de l’ONU, la rupture avec Ousmane Sonko, l’accord avec le FMI, l’avenir de l’Assemblée nationale, les élections territoriales, la menace jihadiste au Sahel et les relations entre la CEDEAO et les pays de l’AES.Ce q ui ressort de cette séquence new-yorkaise, c’est moins l’annonce d’une nouvelle politique que l’affirmation publique d’un nouveau cap.

« Macky Sall : le choix désormais assumé »

Le symbole est considérable. À la tribune de l’ONU, Bassirou Diomaye Faye a officiellement renouvelé le soutien du Sénégal à la candidature de son prédécesseur Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. Dans son entretien avec RFI et France 24, il est allé plus loin en contestant l’idée selon laquelle cette candidature serait déjà condamnée.

Le président sénégalais estime que le processus reste ouvert et rappelle que la décision dépend notamment des membres permanents du Conseil de sécurité. Il présente surtout Macky Sall comme un candidat susceptible de défendre la représentation de l’Afrique et la réforme de l’architecture financière internationale. 

Cette position n’est pas seulement diplomatique. Elle possède une dimension politique intérieure évidente, parce que Macky Sall fut pendant des années l’un des principaux adversaires du camp aujourd’hui au pouvoir.

La presse sénégalaise ne s’y est d’ailleurs pas trompée. Le soutien à Macky Sall figure parmi les principaux sujets retenus par les quotidiens du vendredi 25 septembre. L’APS relève notamment que Le Quotidien a vu à New York une démarche d' »unité nationale et de stratégie continentale », tandis que Sud Quotidien souligne que la candidature de Macky Sall est désormais assumée comme un dossier de l’État sénégalais. 

C’est là l’une des grandes nouveautés de la séquence : l’ancien président n’est plus présenté uniquement comme un ancien adversaire politique, mais comme un instrument de la diplomatie sénégalaise.

« Sonko : la rupture devient institutionnelle »

L’autre moment fort de l’entretien concerne Ousmane Sonko. Le président a donné sa propre lecture de la rupture avec celui qui fut son Premier ministre et son compagnon politique. Il a parlé de « divergences persistantes » et d’une rupture de confiance, tout en rappelant que la nomination et le remplacement du Premier ministre relèvent des prérogatives présidentielles.

Cette version tranche avec celle portée par certains anciens compagnons de route du président, qui présentent la séparation comme une rupture politique majeure avec l’esprit originel du projet porté par Pastef. Seneweb a ainsi consacré plusieurs articles à la réponse de Bassirou Diomaye Faye aux accusations de « trahison » venues de son ancien camp. Le président, lui, a déplacé le débat sur le terrain institutionnel : son engagement, explique-t-il, est d’abord celui du serment présidentiel.

Cette clarification ne règle évidemment pas la fracture politique. Elle la rend toutefois plus lisible : le conflit n’est plus seulement celui de deux hommes ; il porte désormais sur deux lectures de l’exercice du pouvoir après la victoire de 2024.

« Le FMI, le grand révélateur »

C’est probablement sur le terrain économique que le nouvel entretien prend sa dimension la plus stratégique. Bassirou Diomaye Faye assume l’accord conclu avec le FMI et récuse l’idée selon laquelle celui-ci conduirait mécaniquement à une politique d’austérité. Il affirme que la protection des populations vulnérables a été intégrée aux discussions, en citant notamment l’augmentation annoncée des enveloppes consacrées aux bourses de sécurité familiale et l’élargissement du nombre de bénéficiaires. 

Mais le président ne nie pas la difficulté fondamentale : le Sénégal doit restaurer la confiance des partenaires financiers et des investisseurs et engager des discussions sur la soutenabilité de sa dette.

Le sujet est particulièrement sensible depuis la reprise de la coopération avec le FMI, annoncée le 1er septembre. Le Monde avait alors relevé que cette nouvelle orientation économique accentuait le fossé entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, ce dernier demeurant plus critique à l’égard de cette trajectoire. 

Autrement dit, le FMI est devenu beaucoup plus qu’un dossier financier : il est désormais l’un des marqueurs de la nouvelle architecture politique du pouvoir.

« Pas encore le 2 décembre »

Sur l’Assemblée nationale, le chef de l’État a soigneusement évité de fermer la porte à une dissolution. Il a rappelé qu’il ne se trouve pas encore au 2 décembre, date à partir de laquelle cette prérogative peut être exercée selon le calendrier institutionnel évoqué dans l’entretien. Il a surtout indiqué qu’il n’existait pas, à ce stade, de « fixation » sur une dissolution ou sur une date d’élections.

Mais il n’a pas non plus exclu cette possibilité, renvoyant la décision au contexte et à la nécessité éventuelle de garantir la fluidité du fonctionnement des institutions. L’APS a précisément résumé cette position sous le titre : « La dissolution de l’Assemblée nationale, une question de nécessité ou de contexte ». 

Cette formulation mérite attention. Elle signifie que le président ne présente pas la dissolution comme une décision arrêtée, mais qu’il entend conserver ouverte l’une des options institutionnelles dont il dispose. Le calendrier parlementaire devient donc un dossier à surveiller jusqu’à décembre.

« L’obsession électorale » et le calendrier des locales

Même prudence concernant les élections territoriales.

Le chef de l’État refuse de se laisser enfermer dans la fixation immédiate d’une date et explique que le Sénégal ne doit pas vivre dans une « obsession électorale permanente ». Il renvoie également aux décisions rendues par la Cour suprême, qui n’a pas considéré que l’absence de décret fixant immédiatement la date compromettait, en l’état du droit, l’organisation des élections. 

Il ajoute qu’un éventuel report devrait s’inscrire dans un consensus. Ce point est politiquement important parce qu’il touche directement au rapport entre majorité, opposition, société civile et pouvoir exécutif. Là encore, le président ne ferme aucune porte : ni précipitation électorale annoncée, ni calendrier définitif communiqué, ni exclusion formelle d’un report.

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« L’ONU, miroir des contradictions du monde »

À New York, le président Faye a aussi cherché à replacer le Sénégal dans une bataille plus large : celle de la réforme du système multilatéral.

Son discours et son entretien convergent sur ce point : l’ONU demeure nécessaire, mais son architecture doit évoluer, notamment pour donner à l’Afrique une représentation plus conforme à son poids démographique et politique. La presse sénégalaise a largement retenu cette dimension de son passage à New York. 

C’est dans cette logique que le soutien à Macky Sall est présenté par le président : non comme une simple solidarité personnelle, mais comme la défense d’un profil africain susceptible de porter certains dossiers du continent. Cette justification appartient au registre politique du chef de l’État ; elle ne préjuge évidemment pas de l’issue de la course au secrétariat général de l’ONU.

« À nos portes, le Sahel »

Autre dossier majeur : la sécurité. Bassirou Diomaye Faye a reconnu que le Sénégal ne pouvait considérer la menace jihadiste comme extérieure à ses préoccupations. La frontière avec le Mali, la progression des groupes armés dans la sous-région et les risques de contagion font désormais partie de l’équation sécuritaire sénégalaise.

Le président a également revendiqué une politique de dialogue avec les pays de l’AES, tout en rappelant que le Sénégal doit préserver ses relations avec la CEDEAO. Cette position est cohérente avec son discours sur le caractère transfrontalier du terrorisme : le Mali, le Burkina Faso et le Niger peuvent quitter une organisation régionale, mais ils ne peuvent pas quitter la géographie ou les interdépendances économiques de l’Afrique de l’Ouest. Le Sénégal semble donc chercher moins la confrontation que la coexistence entre deux espaces régionaux désormais séparés institutionnellement.

« Un président qui change de registre »

Il y a enfin quelque chose de plus profond dans cette interview. Bassirou Diomaye Faye donne désormais davantage à voir un président qui revendique pleinement l’exercice solitaire des responsabilités institutionnelles. Son langage est celui d’un chef d’État qui affirme ses prérogatives, assume ses arbitrages et demande à être jugé sur les décisions prises sous son mandat.

La presse sénégalaise a diversement interprété cette posture. SenePlus note que la séquence a dominé les unes du vendredi, avec des angles allant de « Diomaye sort du silence » à des lectures beaucoup plus critiques de son intervention. 

Il serait toutefois réducteur de résumer cette interview au seul duel Diomaye-Sonko. Car à New York, le président a simultanément parlé de dette, de FMI, d’ONU, de sécurité sahélienne, de migration, de CEDEAO, d’élections, de l’Assemblée nationale et de la candidature de Macky Sall. C’est donc bien une séquence de repositionnement global du pouvoir sénégalais qui s’est jouée à New York.

« Le nouveau récit présidentiel »

Le récit est désormais clairement articulé autour de plusieurs mots-clés : stabilité institutionnelle, restauration de la confiance financière, ouverture diplomatique, dialogue régional, protection sociale et affirmation de la place de l’Afrique. Reste maintenant le plus difficile : les résultats. Une interview présidentielle peut clarifier une ligne politique. Elle ne règle ni la dette, ni les négociations financières, ni les tensions institutionnelles, ni la crise politique née de la rupture avec Sonko, ni les menaces sécuritaires régionales.

Elle permet en revanche de comprendre où le chef de l’État situe désormais ses priorités. Et le message de New York est limpide sur un point : Bassirou Diomaye Faye entend désormais être comptable de son propre cap, avec ses choix, ses arbitrages et, à terme, leurs résultats.

Ousseynou Nar Gueye
Éditorialiste, Directeur des publications, NATIONS HEBDO et NATIONS-SN.COM

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